Quelques jours après l’Ultra Draille, j’ai revu Les Deux Tours, la deuxième partie du Seigneur des Anneaux . Et comme souvent après un ultra, certains passages résonnent différemment.
Il y a notamment ce monologue de Sam :
« Folk in those stories had lots of chances of turning back, only they didn’t. They kept going. »
« Les héros de ces histoires avaient mille occasions de faire demi-tour. Mais ils ne l’ont pas fait. Ils ont continué d’avancer. »
En l’écoutant, je n’ai pas pu m’empêcher de repenser à notre course.
Je dis notre car cette année, je n’ai pas couru seul. Pendant plus de 105 kilomètres, Florence et moi avons partagé les sentiers, les montées interminables, les descentes techniques, les moments de grâce et ceux où l’on se demande sincèrement ce qui nous a poussés à nous inscrire.
Et peu à peu, le parallèle s’est imposé.
Florence était Frodon.
C’était son défi. Son aventure. Son Anneau à porter jusqu’au bout.
Et moi, j’étais Sam.
Pas forcément le héros de l’histoire, mais celui qui avance à côté, qui encourage quand le doute s’installe et qui rappelle, quand il le faut, que l’on est venu pour aller au bout.
Au fil des kilomètres, nous avons rencontré notre propre Terre du Milieu : les sentiers caillouteux, les ravitaillements salvateurs, les longues heures passées à avancer alors que tout le corps demandait autre chose.
Et puis il y eut le Mont Haut.
Tous les ultras ont leur Montagne du Destin, leur Orodruin. Ce moment où l’arrivée existe certainement quelque part, mais semble encore appartenir à un autre monde. Ce moment où l’on pourrait s’arrêter. Où l’on aurait toutes les raisons de faire demi-tour.
Le Mont Haut a été notre Montagne du Destin.
Pas parce qu’il fallait y jeter un anneau, mais parce qu’il fallait simplement continuer à avancer malgré la pente, malgré les rochers à escalader, malgré la fatigue, malgré les jambes lourdes, malgré les kilomètres déjà accumulés.
Et c’est là que les mots de Sam prennent tout leur sens :
« Folk in those stories had lots of chances of turning back, only they didn’t. They kept going. »
Car c’est exactement cela, un trail long.
Personne ne nous oblige à continuer. À chaque montée, à chaque ravitaillement, à chaque instant de faiblesse, il serait possible de s’arrêter.
Mais on ne le fait pas.
On continue.
Pas toujours vite. Pas toujours élégamment.
Mais on continue.
Pour soi et pour le compagnon d’aventure.
Comme dans les grandes histoires.
Comme Frodon et Sam sur la route du Mordor.
Comme Florence et moi sur les sentiers de l’Ultra Draille.

